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		<title>Jean-Pierre va mieux</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:37:13 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Histoires croisées]]></category>

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		<description><![CDATA[Les petits points noirs vont et viennent, masse grouillante de travailleurs concentrés sur leur tâche. Des anonymes se croisent et se recroisent inlassablement, en un ballet étonnant de précision. Aucun regard n’est échangé, les yeux convergent vers le sol. Des milliers de globes oculaires rivés sur cette terre sablonneuse ocre, typique des forets de pins [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les petits points noirs vont et viennent, masse grouillante de travailleurs concentrés sur leur tâche. Des anonymes se croisent et se recroisent inlassablement, en un ballet étonnant de précision. Aucun regard n’est échangé, les yeux convergent vers le sol. Des milliers de globes oculaires rivés sur cette terre sablonneuse ocre, typique des forets de pins méridionales, où je me suis accroupi pour observer plus à l’aise la fourmilière.</p>
<p>Thomas est à côté de moi, il retient son souffle comme s’il avait peur de déranger l’ordre parfait de la discrète société.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Quand nos mollets commencent à s’ankyloser, je hisse mon fils sur mes épaules et nous regagnons la maison. Les femmes apportent la touche finale au dîner composé de poivrons marinés brillants, d’olives fleurant bon l’ail, de tomates séchées, de feta et de saucisson. La croûte du pain croustille, les verres tintent, les rires fusent. Tous ces bruits, dont j’avais fini par ignorer l’existence, se rappellent à moi. La nuit dernière je n’ai pas dormi, j’étais à l’affût de nouveaux sons à identifier, classifier et emmagasiner pour enfin les fixer dans ma mémoire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Lorsque le soir exhale la fraîcheur tant attendue, charriant des effluves de lavande, je m’assieds sur le perron et ouvre un livre. Linda se glisse derrière moi.</p>
<p>-          « Qu’est-ce que tu lis, Papa ? »</p>
<p>-          « Oh, un truc que j’ai trouvé à la bibliothèque, ça s’appelle <em>Into the Wild</em>. »</p>
<p>-          « Ah oui, je connais. » Un sourire entendu illumine son visage.</p>
<p>L’adolescente renfrognée est restée dans la poussière et la pollution urbaine, avec mon incompréhension pour lui tenir compagnie. J’abandonne un instant les aventures de Chris Mc Candless pour embrasser du regard les lambeaux de ciel teintés de rose et d’orange. Dessous s’étendent des parcelles de vigne entrecoupées d’herbes folles brûlées par le soleil du mois d’août. Au loin, on devine quelques maisons de pierres sèches formant un hameau, puis à nouveau des cultures à perte de vue.</p>
<p>Voilà ce que je contemple tous les soirs, depuis mon nouveau chez moi.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C’est Dagobert qui s’est acclimaté le plus rapidement. En ce moment, il observe avec une curiosité mêlée de méfiance une musaraigne qui a trouvé refuge dans un plant de marjolaine. Tiens, encore un trésor végétal que je ne connaissais pas, cette plante aux fabuleuses propriétés… A combien pourrait se monter les bénéfices pour la vente d’un kilo de cette aromate ?</p>
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		<title>Jean-Pierre pète les plombs</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:36:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires croisées]]></category>

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		<description><![CDATA[L’agitation qui règne habituellement dans la maison ne se fait pas ressentir. Piqué par la curiosité, je me rends directement au salon. Elle ! Elle me fait face, sanglée dans ce qui semble être mon peignoir monogrammé, le regard aux aguets. Sa main hésitante se porte vers la poche, mais je ne lui laisse pas le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’agitation qui règne habituellement dans la maison ne se fait pas ressentir. Piqué par la curiosité, je me rends directement au salon. Elle ! Elle me fait face, sanglée dans ce qui semble être mon peignoir monogrammé, le regard aux aguets. Sa main hésitante se porte vers la poche, mais je ne lui laisse pas le temps de dégainer. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un mouvement de recul, qui devient un pas en arrière, suivi d’un deuxième. C’est plus fort que moi, je me retourne, comme téléguidé. Je vois déjà la porte d’entrée et…Non, ce n’est pas moi, ça. Reprends-toi JP, affronte la vérité en face. Mon père était d’une mollesse congénitale mais il m’a au moins inculqué ça.</p>
<p>Elle n’a pas changé de place. Lorsque sa main ébauche un mouvement dans ma direction, la mienne vient instinctivement se poser près de ma cuisse, là où se trouverait un holster. Sauf que je ne suis pas un cow-boy, je n’ai que mes paroles pour me défendre. Elle non plus n’a pas d’arme à feu, juste une feuille de papier pliée en deux qu’elle me tend. Une lettre ? Comme si j’avais envie de lire maintenant !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C’est ce moment que choisit Camille pour apparaître sur le seuil de la cuisine. Je m’explique alors le peignoir, l’intrusion chez moi. Qui sait ce que cet oiseau de malheur a raconté à ma femme ? Et si elles agissaient de concert ? Cette idée me met hors de moi. Le vase en cristal fait les frais de ma colère en premier. Suivent la lampe ramenée d’Espagne, que j’ai toujours trouvée laide et le porte-journaux design offert par ma belle-mère, posé comme un ovni à côté du canapé. 200 euros balayés en un tour de main, je le sais car ma belle-mère n’a jamais eu la délicatesse de garder pour elle le prix de ses cadeaux. Exit la boule en verre de Madame Irma, tiens la paire de guerriers Massaï chinés dans une brocante. Le tout forme un tas éclectique bientôt agrandi par le stupide pouf marocain de Linda et les coussins assortis dont je déchire grossièrement le tissu pour être sûr qu’ils ne resserviront pas.</p>
<p>Et puis je cesse de faire dans le détail, je pousse, je bouscule, je casse tout ce qui me tombe sous la main, sans distinction. Je me cogne dans les meubles, je fais valdinguer leur contenu. Du coin de l’œil je remarque que le vaisselier tangue, menaçant. J’ai juste le temps de m’écarter avant qu’il ne bascule en avant, accompagné du fracas assourdissant de la collection d’assiettes qui se brise sur le carrelage.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous semblons tous trois sous le coup d’un arrêt sur image. Violette reprend ses esprits la première. Sa voix est tellement timide que je mets quelques secondes à reformer une phrase cohérente à partir des sons perceptibles.</p>
<p>« J’ai un frère qui a disparu. » Son frère. Je m’étais imaginé des avocats, un conseil de famille tenu secret, une vengeance froidement organisée dont elle aurait été l’instrument. Mais ce n’est que mon neveu, ou plutôt son souvenir, à peine un ersatz de Julien, qui l’a poussée à faire tout cela. Je jette des regards intrigués tour à tour à la lettre, froissée au creux de ma main, à Violette, figée sur place dans une sorte d’expectative, des débris de porcelaine sur les pieds, puis à ma femme qui ne s’est pas départie de son air médusé. J’aimerais disparaître sous terre.</p>
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		<title>Jean-Pierre se relaxe</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:35:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je me dirige vers la périphérie de la ville sans itinéraire précis. Il est trop tôt pour rentrer, Camille se douterait que quelque chose ne tourne pas rond. Ce qui me  laisse trois bonnes heures devant moi. A ma droite, un centre commercial tout en couleurs et en formes tapageuses me fait de l’œil. Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je me dirige vers la périphérie de la ville sans itinéraire précis. Il est trop tôt pour rentrer, Camille se douterait que quelque chose ne tourne pas rond. Ce qui me  laisse trois bonnes heures devant moi. A ma droite, un centre commercial tout en couleurs et en formes tapageuses me fait de l’œil. Je bifurque au dernier moment dans la bretelle de sortie, déclenchant des coups de klaxon rageurs. Je cherche à me garer le plus près possible des doubles battants étincelants. Voilà une place réservée aux handicapés… hmm peut-être pas. Celle pour les familles nombreuses sera parfaite.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Me voilà dans la place. Restaurants, tea-rooms, bars, brasseries ou cinéma, j’ai l’embarras du choix pour ce qui est de faire passer le temps. Je choisis un café peu fréquenté qui me semble plus élégant que les autres. A mon troisième whisky, trois hommes entrent en s’interpellant mutuellement et prennent place au comptoir. T-shirts ornés de logos d’associations de protection des animaux, baskets de toile bicolores, casquettes dans le style « titi parisien », ils ont l’air d’étudiants en goguette. Ils commandent de la bière. L’un d’eux, qui parait être le meneur, déclare :</p>
<p>-          « Vous savez, les mecs, le vrai problème c’est l’obsolescence programmée. »</p>
<p>Les autres, qui ne semblent pas en être à leur premier verre, opinent fermement du bonnet.</p>
<p>-          « Notre maison brûle et on regarde ailleurs ! » clame le plus petit du groupe.</p>
<p>-          Chiens de capitalistes ! renchérit le troisième, et il rote.</p>
<p>Je termine mon verre et décide qu’il est temps pour moi de lever le camp. De vagues réminiscences de ma jeunesse me viennent à l’esprit, je me souviens avoir moi aussi eu des idéaux et les avoir défendus, mais je ne ressens pas de nostalgie envers cette période révolue.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Avant de rejoindre ma voiture, je ne peux m’empêcher de faire un crochet par une célèbre grande surface spécialisée en produits culturels. Nos produits sont en tête de gondole, les gars de la com’ ont fait du bon boulot. A la vue de ces dizaines de boîtes sagement alignées, je me sens rasséréné. L’alcool aidant, une douce chaleur se propage dans tout mon corps.</p>
<p>En sortant par la terrasse du deuxième étage, l’air frais me fouette le visage et me dégrise en douceur. Lorsque je prends à nouveau le volant, je suis serein. Quelles que soient les difficultés qui pourront se présenter en travers de mon chemin, j’ai pleine conscience de ma capacité à les déjouer. Après tout, j’en ai vu d’autres. Il a du pleuvoir pendant ma parenthèse alcoolisée car de grandes flaques miroitent sur le bitume. J’allume la radio, tourne le bouton pour passer du CAC 40 à une station musicale. Au moment de remonter l’allée qui mène à la maison, je me surprends à chantonner sur un air interprété par Sting. J’ouvre la porte, lance un « Bonjour tout le monde ! » enjoué.</p>
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		<title>Jean-Pierre est dangereusement poursuivi</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:35:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous planchons depuis une heure lorsque mon attention est distraite par des sonneries répétées provenant du bureau de Marianne. Ce son qui passe sous la porte, qui s’infiltre à travers le placoplâtre m’est familier. A bien y réfléchir, il fait partie de l’environnement depuis quelques temps, seulement j’étais trop concentré pour y prêter attention. Le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous planchons depuis une heure lorsque mon attention est distraite par des sonneries répétées provenant du bureau de Marianne. Ce son qui passe sous la porte, qui s’infiltre à travers le placoplâtre m’est familier. A bien y réfléchir, il fait partie de l’environnement depuis quelques temps, seulement j’étais trop concentré pour y prêter attention. Le DRH n’a pas remarqué mon trouble. Il enchaîne les explications sans reprendre son souffle, on dirait un chanteur de karaoké tournant le dos à son public et pressé d’en finir. Je me penche avec un air concentré sur les schémas et graphiques qui jonchent la table. Mais je ne peux m’empêcher de noter mentalement que loin de cesser, les sonneries se font plus fréquentes, insistantes, entêtantes. J’en arrive à me focaliser uniquement sur ce bruit de fond qui emplit ma boîte crânienne. Toute ma faculté de concentration s’étant évaporée, je décide de prendre les choses en main. Je me lève d’un bond, ouvre la porte à la volée. Marianne épluche le courrier, comme si de rien n’étais. Elle sursaute alors que je l’interpelle sèchement :</p>
<p>- « Pourquoi ne prenez-vous pas l’appel ? »</p>
<p>- « Une jeune fille tente de vous joindre depuis que vous êtes rentré, réplique-t-elle. Je lui ai expliqué que vous étiez indisponible mais elle me semble quelque peu attardée, elle refuse de comprendre. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>A ces  mots, mon sang ne fait qu’un tour. Il n’y a qu’une seule jeune fille susceptible de correspondre à cette description : celle qui hante mon esprit depuis deux jours, la fameuse Violette. Deux possibilités s’offrent à moi : sauver les apparences et rester ou fuir et tenter préserver un tant soit peu ma tranquillité d’esprit. Le second choix s’imposant de lui-même, je sers une excuse toute faite à mon collègue et rassemble mes affaires à la hâte avant de m’engouffrer dans l’ascenseur. La cabine semble mettre une éternité à atteindre le rez-de-chaussée. Autant mettre ce temps à profit pour couper mon téléphone portable et chausser des  lunettes de soleil. A peine les portes de métal ouvertes, j’entreprends de traverser le hall, aussi vite qu’il est possible sans attirer l’attention. Les bureaucrates alentour ne sont plus que des silhouettes floues traversant ma vision périphérique. L’une d’elles pourtant retient l’attention par sa couleur. On ne voit pas beaucoup de rouge par ici. A y regarder de plus près, encore moins de sweat-shirt à capuche. Soudain je reconnais la fille du parc. Si elle et Violette ne faisaient qu’une ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tout s’éclaire à présent. Elle me suit depuis plus longtemps que je ne pensais, plusieurs semaines peut-être. Elle n’est probablement qu’une envoyée, car je vois mal une adolescente à l’origine d’une traque digne d’un thriller, comme  celui avec Collin Farrel dont je ne me souviens plus le nom. Je devrai creuser cette réflexion plus tard car il s’agit de gagner les portes vitrées au plus vite, en espérant qu’elle ne me remarquera pas. J’ai à peine parcouru vingt mètres que Philippe de la compta vient à ma rencontre, un bloc note et une calculatrice à la main.</p>
<p>- « Ah JP, je t’ai cherché partout »</p>
<p>- « Une autre fois Phil, je suis assez pressé »</p>
<p>- « C’est au sujet des notes de frais… »</p>
<p>J’avais oublié que le comptable souffrait d’une surdité partielle, mes mots ont dût tomber dans l’oreille qui lui vaut son statut de travailleur handicapé. Je change de tactique, et de côté par la même occasion.</p>
<p>- « Et si tu me racontais tout ça autour d’un bon café ? Je t’invite. »</p>
<p>Mon intuition me dit que la demoiselle n’osera pas m’approcher tant que je serai accompagné.</p>
<p>Et comme prévu, Phil n’a pas pu résister à la perspective d’un café gratuit, lui qui en bon comptable près de ses sous se refuse habituellement ce genre de petits plaisirs.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans la salle de pause du quatorzième étage, de grandes baies vitrées donnent sur le patio. Pour peu que l’on se penche et qu’on colle son front à la double paroi bleutée, on ressent une sensation de chute vertigineuse. De là-haut, je peux nettement distinguer une tâche rouge décrivant des cercles autour du bureau d’accueil. Ne pourrais-je donc jamais me débarrasser d’elle ?</p>
<p>Une demi-heure plus tard, il devient impossible de prolonger la conversation avec mon employé. Je lui ai déjà demandé comment se portaient ses enfants (Jade, 4 ans et Kévin, 8 ans) et où il comptait partir en vacances cet été (en Turquie). Je risque un coup d’œil en bas. La fille semble s’être découragée car elle a disparu de mon champ de vision. La prudence est cependant de rigueur et les escaliers offrent des possibilités de repli. Ils ont aussi l’avantage de me permettre de me séparer de Phil, dont je ne supporte plus les caquetages. Seul, je suis plus vulnérable mais aussi plus rapide, atout non négligeable alors que s’annonce la dernière ligne droite : le trajet jusqu&#8217;au parking.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mes pieds dérapent légèrement sur les dalles brillantes du hall. Je ne tarde pas à la repérer, tapie dans un coin. Elle s’est assise dans la zone d’attente, se rendant ainsi invisible du haut de la cafétéria. Je me suis fait avoir comme un bleu ! Mon dernier espoir s’envole rapidement : elle m’a vu. Aussi discrète qu’une tâche de sauce tomate sur un polo blanc, elle emboîte mon pas. Il est désormais trop tard pour faire demi-tour. Une inspiration soudaine me fait dévier sur la gauche, vers l’escalier de service desservant le parking souterrain. C’est un détour mais j’espère pouvoir la semer dans ce dédale. De plus, l’endroit ne manque pas de charme, si on aime l’aspect glauque façon film d’angoisse. Je m’engouffre dans les allées mal éclairées. Les pas de ma poursuivante résonnent sur le béton brut. Nous contournons une silhouette d’homme couché de travers tracée à la craie sur le sol, œuvre d’un concierge blagueur mais qui fait toujours son petit effet&#8230; sauf sur cette adolescente-ci, apparemment. Je repère la porte par laquelle je compte sortir, qui débouche s’après mes calculs tout près de l’endroit où est garée ma Land Rover. D’abord dans ma ligne de mire, elle se retrouve masquée par une rangée de voitures.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les pas semblent se rapprocher imperceptiblement. Est-ce que John Wayne se retournerait dans ces circonstances ? Sûrement pas ! Un dernier virage et voilà la porte qui réapparaît devant moi, tel le halo de lumière au bout du tunnel lorsqu’on ne s’attendait presque plus à le voir. Plus que cinquante mètres à parcourir. J’allonge encore mes foulées. Dans mon dos, sa cadence se cale sur la mienne. Je finis par foncer ventre à terre vers la sortie, ouvre la porte à la volée. Un coup d’œil à gauche… Mes calculs se révéleraient-ils faux ? A droite… la voilà, ma voiture, majestueuse et immaculée, comme un fidèle destrier arrivé à point nommé. Je mets le contact, écrase l’accélérateur. Loin d’être découragée, ma poursuivante cavale dans les gaz d’échappement. C’est qu’elle est tenace ! De furtives vérifications dans le rétroviseur me permettent de surveiller sa progression. Elle court étonnement vite. Mes boyaux se vrillent, sous le coup d’une angoisse incontrôlable. Pourvu que la barrière soit ouverte sinon… Ouf, le gardien m’a vu, il élève le cylindre rouge et blanc juste avant que je ne passe en trombe sous son regard ahuri. Violette ralentit, puis s’arrête. Les mains sur les genoux, elle tente de reprendre son souffle. J’ai envie de crier de joie pour célébrer cette victoire.</p>
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		<title>Jean-Pierre est un cow-boy</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:34:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[9 :30 « Tu as une mine de papier mâché », m’annonce tout de go mon associé. Pour une fois je me serais volontiers passé de son franc-parler. Au programme de cette matinée, l’organisation de la conférence de presse qui doit avoir lieu dans le cadre des « journées vertes » pour promouvoir notre entreprise. Non pas que nous ayons [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>9 :30</p>
<p>« Tu as une mine de papier mâché », m’annonce tout de go mon associé. Pour une fois je me serais volontiers passé de son franc-parler.</p>
<p>Au programme de cette matinée, l’organisation de la conférence de presse qui doit avoir lieu dans le cadre des « journées vertes » pour promouvoir notre entreprise. Non pas que nous ayons l’âme d’écologistes mais tant que le client en est persuadé, tout roulera pour le mieux.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>12 :30</p>
<p>Après trois heures d’exposé sans intérêt et autant de cafés avalés brûlants, l’heure du déjeuner a sonné. Les migrations bureau-cafétéria vont durer une à deux heures, moins pour ceux qui ont un travail urgent à terminer et qui vont simplement faire un aller-retour pour s’acheter un sandwich à dévorer devant un écran. Je me traîne à la suite de Gilles vers le restaurant en écoutant à moitié son exposé sur les objectifs de développement au Moyen-Orient et en mémorisant le quart de ce que je perçois.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>13 :00</p>
<p>Au moment de commander les entrées, les mots « exponentiel », « bénéfice » et « licenciement » me sortent quelque peu de ma torpeur. La perspective de profits importants agit en général comme un remontant. Je sens croître en moi des pouvoirs insoupçonnés, ainsi qu’une volonté sans faille. Mon torse se bombe imperceptiblement, je m’imagine dans la peau des héros de western que je regardais sur la télévision en noir et blanc. Les vrais cow-boys, ceux qui tiraient sur leur cigarette d’un air viril et pas ces gardiens de moutons à l’orientation sexuelle douteuse.</p>
<p>Solitaire, j’arpente le monde des affaires avec détachement. Régulièrement, un duel me permet de prouver ma rapidité et mon habileté à manier les armes modernes que sont l’OPA, le lobbying, la persuasion.</p>
<p>La seule différence entre les personnages de Sergio Leone et moi, c’est qu’eux encaissent les coups avant d’avoir le dessus alors j’annonce d’entrée la couleur. Tel un sportif de haut niveau, je ne concède aucun point, j’exige le meilleur de moi-même.</p>
<p>Alors pourquoi est-ce que je me laisserais déstabiliser par une gamine ? Un mot déposé sur mon bureau, la belle affaire ! Il va falloir venir me trouver pour obtenir des explications.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>14 :45</p>
<p>Satisfait de mon déjeuner, j’emprunte mon ascenseur privatif. Je me suis débarrassé du bout de papier fauteur de trouble dans une poubelle. Cet après-midi, je dis recevoir mon conseiller en ressources humaines pour réajuster la politique de recrutement. Ces entretiens sont assommants mais il n’y a pas de gestion correcte sans communication.</p>
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		<title>Jean-Pierre et la lettre</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:33:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires croisées]]></category>

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		<description><![CDATA[Papa, Maman, &#160; J’ai pris ma décision : je ne peux pas continuer ainsi. Jamais je n’aurais imaginé que mon propre frère puisse être capable de tant de cruauté. Il savait pertinemment que mon amour pour Stella était sincère et il l’a tout de même séduite. Cela, j’aurais peut-être pu l’accepter à force de temps mais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Papa, Maman,</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai pris ma décision : je ne peux pas continuer ainsi. Jamais je n’aurais imaginé que mon propre frère puisse être capable de tant de cruauté. Il savait pertinemment que mon amour pour Stella était sincère et il l’a tout de même séduite. Cela, j’aurais peut-être pu l’accepter à force de temps mais la suite des événements est tellement indescriptible que même le fait de les poser par écrit m’est difficile.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’aurais préféré que les choses ne se terminent pas ainsi entre nous mais vous ne m’avez pas soutenu comme j’avais osé l’espérer. Ne cherchez plus à avoir de mes nouvelles. Je vais entreprendre de me reconstruire et je n’envisage pas mener à bien cette démarche sans m’éloigner de tous ceux qui m’ont fait du mal.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je doute que cela vous intéresse mais depuis que Stella est retournée au Mexique, elle s’est renseignée que les démarches qui lui permettront peut-être de récupérer son fils. Les chances sont minces mais je la soutiendrai quoi qu’il en soit.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je n’ai pas de message à transmettre à Paul. Pour moi je n’ai plus de frère depuis qu’il est devenu un criminel et je me moque de ce qu’il peut bien lui arriver maintenant. J’espère seulement que cet enfant lui causera du tort car il n’est jamais possible de garder longtemps un tel secret. La seule personne avec qui je compatis est Alice. Non content de l’avoir trompée et dupée, Paul lui a imposé la présence de ce fruit de l’adultère. Alice, je ne peux que t’encourager à refaire ta vie tant qu’il en est encore temps car Paul ne mérite pas ton affection.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Moi, je suis déjà en route vers de nouveaux horizons. Ils ne seront probablement pas plus beaux mais au moins, ils seront différents.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Votre fils, Jean-Pierre</p>
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		<title>Jean-Pierre angoisse</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:32:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le reste de la journée s’est déroulé comme dans un songe. Ou plutôt un cauchemar. Il ne m’en reste que des bribes. Mon assistante me rappelant d’un ton réprobateur à peine dissimulé que son prénom n’est pas Violette mais Maryse. Les fruits de mer du déjeuner et le malaise qui a suivi leur ingestion, l’impression  [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le reste de la journée s’est déroulé comme dans un songe. Ou plutôt un cauchemar. Il ne m’en reste que des bribes. Mon assistante me rappelant d’un ton réprobateur à peine dissimulé que son prénom n’est pas Violette mais Maryse. Les fruits de mer du déjeuner et le malaise qui a suivi leur ingestion, l’impression  d’être incapable d’assimiler quelque nourriture que ce soit. La réunion de sponsoring et les représentants de nos partenaires bouches bées, ne sachant trop si mon idée d’imprimer des tracts sur du papier vert fluo était une plaisanterie ou le signe manifeste d’un surmenage. A 19 heures, n’y tenant plus, j’ai rassemblé mes affaires et quitté mon bureau. Pour toute réponse aux questions de ma secrétaire, j’ai marmonné qu’elle saurait certainement où me contacter. Ce n’est qu’en ouvrant la portière de la voiture que je me suis rendu compte que ma mallette était étonnement légère. Et pour cause, je n’avais emporté ni téléphone, ni agenda, ni ordinateur portable. Seulement ce satané mot et un emballage froissé de barre énergétique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Autour de la maison, tout est calme. Pourtant je ressens comme une menace, un danger tapi quelque part, attendant son heure. Ce pressentiment est stupide et je le reconnais, je me force donc à ralentir le pas et j’entreprends pour m’apaiser une analyse du micro environnement. A ma droite, un chat blanc observe avec attention le buisson de camélia. Tout va bien, c’est celui des voisins, sûrement en pleine chasse à la souris. Brave petit prédateur. A gauche, la pelouse à tendance à jaunir. Penser à sermonner le jardinier. On se demande bien à quoi il emploie les quatre heures hebdomadaires passées chez nous. Je continue mon tour d’inspection avec les massifs de rosiers dont ma femme est si fière. Les fleurs ont commencé à éclore, révélant leurs couleurs rouges, jaunes, bleues… bleues ? En fait de roses, c’est un t-shirt qu’on devine derrière les Catherine Deneuve. En un instant, je fonds sur le massif, attrape l’importun par le bras sans ménagement. La fille lâche un cri. Alertée, Linda accourt de derrière la maison pour secourir sa copine.</p>
<p>« Excusez-moi Mademoiselle, c’est une méprise », je bredouille.</p>
<p>Ma fille m’abreuve de paroles indignées, je coupe court à son monologue en entrant dans la maison. Je suis gêné mais surtout soulagé. Les événements de la journée m’ont rendu tellement nerveux que j’en ai perdu toute mesure. Mais rien ne prouve que Violette connaisse mon adresse personnelle, je peux donc me détendre. En attendant, je me suis mis ma fille encore plus à dos.</p>
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		<title>Jean-Pierre découvre le petit mot</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:31:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires croisées]]></category>

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		<description><![CDATA[Le lendemain, je retrouve enfin mon rythme de croisière. A la place des enfants capricieux et du chien hystérique, je côtoie des stagiaires prêts à se faire marcher sur les pieds et Marianne, ma charmante et non moins compétente secrétaire. J’attends avec impatience les négociations enflammées promises à l’heure du déjeuner, que j’ai prévu de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le lendemain, je retrouve enfin mon rythme de croisière. A la place des enfants capricieux et du chien hystérique, je côtoie des stagiaires prêts à se faire marcher sur les pieds et Marianne, ma charmante et non moins compétente secrétaire. J’attends avec impatience les négociations enflammées promises à l’heure du déjeuner, que j’ai prévu de passer avec le représentant syndical. Je me délecte par avance des heures studieuses consacrées à compulser avec minutie le nouveau budget, et ce au moins jusqu’à ce que la nuit tombe.</p>
<p>Dès mon premier café, le corsé avec un sucre de six heures, j’ai la certitude que cette journée sera mémorable. A mon arrivée au bureau, tout le monde parait étonné par mes manières guillerettes. Moi-même, j’ai du mal me reconnaître.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>« Réunion du comité dans un quart d’heure » grésille l’interphone. Je pose mon gobelet entamé sur les dossiers et notes autocollantes bigarrés accumulés sur le bureau d’acajou. La quantité en est impressionnante, après seulement une journée d’absence. Comment ferais cette boîte pour tourner sans moi, je me le demande. C’est agréable de se sentir indispensable, et non traité en parasite.</p>
<p>Deux heures plus tard, il est temps de prendre place sur le fauteuil de cuir pleine fleur afin de passer quelques coups de téléphone. Pendant que les sonneries retentissent à l’autre bout du fil, je débarrasse machinalement le gobelet et son contenant à présent froid. En dessous, à moitié effacé par une auréole brunâtre, se trouve un mot, tracé dans une écriture serrée que je ne connais pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>-          « Allo ? Qui est à l’appareil ? »  interroge mon correspondant.</p>
<p>-           « Ici JP, je te rappelle plus tard »</p>
<p>Je raccroche sans plus d’explications. Ensuite, j’enclenche le bouton de l’interphone et demande qu’on ne me dérange sous aucun prétexte. Puis je me dirige d’un pas chancelant vers mon cabinet de toilette personnel. Comment ? Pourquoi maintenant ? Qui lui a dit ? Je me passe de l’eau sur le visage. Le filet glacé me revigore quelque peu mais ne chasse pas les questions : Quel âge a-t-elle ? Que sait-elle exactement ? Comment a-t-elle su où je travaillais ?</p>
<p>Les souvenirs se mêlent aux doutes, balayant tout sur leur passage, ma confiance en moi, mes certitudes, mon sentiment de légèreté. Cependant, la situation exige que me remettes, car il est trop tard pour annuler mon déjeuner. Avant de sortir, j’emmène avec moi le bout de papier vert fluo, non sans l’avoir relu pour la dixième fois. Il est écrit :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="center">Bonjour, je suis Violette, la fille de Paul</p>
<p align="center">J’aimerais vous rencontrer.</p>
<p align="center">Vous saurez certainement où me contacter.</p>
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		<title>Jean-Pierre se fait controler</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:30:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires croisées]]></category>

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		<description><![CDATA[J’ai réussi à attirer Dagobert à l’extrémité est du parc. Je réduis progressivement la longueur de la laisse jusqu’à pouvoir attraper le perturbateur par son collier. Lorsque je relève la tête, mes yeux se posent sur un uniforme bleu marine. Un cordon de policiers encercle à présent le parc. Apparemment tout le monde a été [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai réussi à attirer Dagobert à l’extrémité est du parc. Je réduis progressivement la longueur de la laisse jusqu’à pouvoir attraper le perturbateur par son collier.</p>
<p>Lorsque je relève la tête, mes yeux se posent sur un uniforme bleu marine. Un cordon de policiers encercle à présent le parc. Apparemment tout le monde a été pris de court par ces soudaines apparitions. Aucun moyen de sortir.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les policiers commencent à rassembler les flâneurs au milieu de la place, sans aucune explication, tels des bergers rabattant un troupeau. Quel scandale ! Je suis sûr que le Maire n’approuverait pas une telle conduite. D’ailleurs, je ne manquerai pas de lui en toucher un mot la prochaine fois qu’il viendra dîner chez moi. Je le fais remarquer au représentant des forces de l’ordre le plus proche mais cela ne semble pas faire d’effet.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous sommes contraints de nous mettre en rang pour procéder à un contrôle d’identité. C’est le bouquet ! Dans la désorganisation ambiante, je parviens à gagner quelques places dans la file, écrasant un pied par ci, jouant des coudes par là. Chaque nom est vérifié scrupuleusement à l’aide de talkies-walkies. Quelle conscience professionnelle ! Jamais là quand on en a besoin mais pour importuner les honnêtes citoyens, ils ne ratent pas une occasion. Bravo les services publics !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Bien qu’excédé, je ravale mon agacement et présente mon permis de conduire de bonne grâce. Ce n’est pas le moment de faire de l’esclandre. Une jeune fille me suit de près, je tique en croyant entendre « c’est mon oncle ». Il s’agit probablement d’une excuse pour échapper à la vigilance des policiers  mais c’est de bonne guerre. De toute façon, une seule chose me préoccupe en ce moment : sortir au plus vite de cet endroit maudit. On ne m’y reprendra pas de sitôt à faire une promenade.</p>
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		<title>Jean-Pierre sort son chien</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 13:30:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoires croisées]]></category>

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		<description><![CDATA[…Un parc ici ? Je ne l’aurais jamais soupçonné. Je crois que je n’ai jamais vraiment aimé ce genre d’endroit. Ma mère nous y emmenait parfois, mon frère et moi. On ne pouvait ni acheter de graines pour nourrir les pigeons, ni faire un tour de manège : trop cher. J’ai gardé dans ma mémoire cette image [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>…Un parc ici ? Je ne l’aurais jamais soupçonné. Je crois que je n’ai jamais vraiment aimé ce genre d’endroit. Ma mère nous y emmenait parfois, mon frère et moi. On ne pouvait ni acheter de graines pour nourrir les pigeons, ni faire un tour de manège : trop cher. J’ai gardé dans ma mémoire cette image d’une petite fille endimanchée, un ballon à la main, qui me regarde d’un air contrit parce que sa mère l’a empêchée de jouer avec nous.</p>
<p>Aujourd’hui j’ai pris ma revanche. C’est moi qui porte des tailleurs sur mesure, qui jette  des regards dédaigneux à la ronde et qui possède le dernier modèle de chez Land Rover avant même qu’il ne soit sorti.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Aucune personne ici ne me parait cotoyable. Je m’apprête à faire demi-tour mais Dagobert en a décidé autrement. Il tire sur sa laisse comme un forcené en direction d’une dalmatienne à pedigree. Laisse tomber mon gros, trop bien pour toi. Je tire de mon côté, mais avec pour seul résultat de faire redoubler d’efforts l’animal. A présent, il a repéré une fontaine où il compte bien se rafraîchir. Mon cerveau calcule à toute vitesse les options possibles. L’essentiel est de ne pas se ridiculiser car on pourrait me reconnaître, voire me prendre en photo. Je perdrais toute crédibilité si jamais un cliché compromettant venait à circuler sur la Toile. « Le PDG se fait manager » « Un requin des affaires a trouvé plus déterminé que lui ». J’en frissonne d’avance.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Résigné mais en donnant l’air de savoir où je vais, je marche à la suite de Dagobert. De temps en temps, je donne un coup sec sur la laisse pour éviter qu’il ne sorte des allées. Je dois reconnaître que ma technique fonctionne plutôt bien. Mais voilà que la dalmatienne reparaît au détour d’un sentier. Dagobert ne l’a pas encore vue, tout occupé qu’il est à se soulager contre un banc. La situation exige que j’agisse vite. Je m’assois aussitôt sur ledit banc. La chienne continue à avancer et finit par disparaître derrière un bosquet. Dagobert n’a pas relevé la tête, le danger est passé. Finalement, la vie de famille demande parfois autant de réactivité que le travail. Je devrais m’en souvenir, cela pourrait servir de base pour une future campagne publicitaire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Profitant da l’attitude à présent contemplative de la part de Dagobert, je commence à échafauder une stratégie pour sortir du parc. J’ai repéré quatre entrées en tout. La plus proche se trouve près d’un petit théâtre où convergent des enfants. Un écriteau placé sur le rideau encore fermé annonce que la prochaine représentation aura lieu à quinze heures, c&#8217;est-à-dire dans dix minutes. Dagobert adore les enfants. Comment traverser les cent mètres qui me séparent de la sortie sans encombre ? J’avise un bâton à mes pieds… Cela pourrait marcher.</p>
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